Culte du serpent / La formation d’une personne
Néheb-Ka, lieur des âmes
Un dieu égyptien tout droit issu du culte du serpent de la conscience
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TL;DR
- Neheb-Ka est un dieu-serpent égyptien dont le nom associe un verbe de dotation ou d’attelage aux puissances du ka.
- Les données égyptiennes sont plus riches que l’expression anglaise « binder of souls » : les puissances peuvent être conférées, retirées et revendiquées rituellement.
- Selon la lecture de SnakeCult, le serpent lie ces puissances à une personne et produit ainsi un soi.
- Je lis Neheb-Ka, le serpent d’Éden, Quetzalcoatl, Nüwa et Fuxi, ainsi que l’initiation serpentine, comme autant de souvenirs différents d’une même transformation préhistorique.
Un serpent à la naissance du soi #
Un serpent se tient sur des jambes humaines. Son corps tacheté s’élève en une longue boucle, puis se tourne vers une tête placée à hauteur du sommet du cadre peint. Il s’agit de Nehebkau dans le Papyrus d’Ani : un serpent auquel on a donné les moyens de marcher, peint à côté d’une formule de transformation. L’image appartient à un livre destiné à faire passer une personne au-delà de la mort. British Museum, EA10470,27
Le nom est l’élément extraordinaire. Nehebkau — Neheb-Ka dans l’orthographe utilisée ici — appartient au vocabulaire de l’équipement, de l’attribution et de l’attelage des kas : les puissances grâce auxquelles un être est vivant et efficace. « Binder of Souls » est un titre anglais convaincant pour le désigner. Mais il ouvre aussi une question à laquelle un titre ne peut à lui seul répondre. Qu’est-ce qui est lié, et à quoi ?
La réponse de SnakeCult est que le serpent lie les puissances constitutives de la personne à la personne. Il fait de l’individu le porteur d’un soi. C’est pourquoi un dieu-serpent égyptien trouve sa place aux côtés du serpent d’Éden, du serpent à plumes qui contribue à créer l’humanité, des ancêtres chinois au corps serpentin et des grands serpents qui avalent les initiés avant de les restituer transformés. Dans le Snake Cult of Consciousness, ce sont les souvenirs régionaux d’une seule transition ancienne : le moment où l’humanité a appris à se vivre comme une pluralité de soi.
Tel est l’argument de cet essai. L’unité préhistorique proposée est une hypothèse historique ; les inscriptions égyptiennes constituent les données que nous pouvons effectivement lire. Elles nous donnent un serpent, un ensemble de puissances vitales et un vocabulaire permettant de mettre ces puissances en relation efficace.
A serpent given human legs

Que signifie Neheb-Ka ? #
Commençons par l’égyptien plutôt que par l’épithète anglaise. Le Thesaurus Linguae Aegyptiae (TLA), dictionnaire et corpus de textes savants, donne le nom divin sous la forme Nḥb.w-kꜣ.w. Les graphies familières Nehebkau, Neheb-Kau et Neheb-Ka le rendent prononçable pour les lecteurs modernes. Elles ne doivent pas nous détourner de ses deux composantes : nḥb et kꜣ.w.
La glose allemande du dictionnaire pour le nom complet signifie « celui qui est pourvu de puissances-ka ». Remarquons la direction : dans cette formulation, le dieu possède la dotation. Il n’est pas défini grammaticalement comme un agent qui attacherait des âmes à quelqu’un d’autre. L’entrée associe néanmoins son nom au même verbe que celui employé pour équiper et attribuer. TLA, entrée du nom divin 86270
Cette distinction mérite d’être correctement établie, car elle nous permet de formuler un argument plus solide. La forme grammaticale d’un nom, l’activité d’un dieu et notre interprétation de cette activité sont trois éléments apparentés. Ils ne doivent pas nécessairement être identiques. Une divinité dotée de puissances peut constituer pour autrui un modèle ou une source de dotation. Pour établir cette relation, nous devons examiner les textes qui entourent le nom.
Atteler, équiper, attribuer #
Le verbe traverse plusieurs catégories anglaises. L’entrée principale du TLA pour nḥb donne l’allemand ausstatten ; zuteilen et le français équiper ; attribuer : équiper, pourvoir, répartir, attribuer. Son champ anglais emploie « to give ; to loan ». Une entrée apparentée fournit le sens concret d’atteler. Il s’agit d’alternatives lexicographiques et d’emplois apparentés, non d’une liste de significations présentes simultanément dans chaque occurrence. TLA 86130
« Atteler » est particulièrement évocateur, car atteler accomplit deux choses à la fois. Cela attache quelque chose et rend sa puissance disponible pour un but organisé. Un cheval dans un champ possède de la force. Un harnais place cette force dans une relation de travail. « Équiper » aborde la relation depuis l’autre extrémité : le destinataire acquiert ce dont il a besoin pour agir.
Le sens concret est attesté. Le TLA donne « atteler ; mettre sous le joug ; pourvoir de », notamment pour l’attelage des chevaux. Mais, dans son corpus actuel, les attestations de cette entrée sont postérieures aux plus anciens exemples du nom divin. Nous ne pouvons pas simplement projeter en arrière une image de char et déclarer que nous avons retrouvé la théologie originelle. L’attelage est une image interprétative plausible à l’intérieur du champ lexical ; l’équipement et l’attribution constituent des éléments essentiels des données. TLA 86140
| Formulation anglaise | Ce qu’elle met en avant | Ce qu’elle laisse ouvert |
|---|---|---|
| Pourvu de puissances-ka | La dotation du dieu | La relation de ces puissances avec autrui |
| Attribuant ou conférant des kas | L’attribution et la fourniture | La représentation éventuelle d’une fixation physique |
| Attelant les kas | Les puissances mises en relation de travail | La direction et l’objet précis de l’action |
| Binder of Souls | L’image SnakeCult de la constitution de la personne | L’« âme » anglaise et le destinataire implicite doivent être expliqués |
La dernière ligne correspond à la lecture de l’essai. Elle rassemble le vocabulaire ancien dans un argument sur le soi ; elle n’est pas proposée comme remplacement mot à mot de chaque occurrence égyptienne.
Qu’est-ce qu’un ka ? #
L’autre moitié du nom est tout aussi importante. Kꜣ s’écrit conventionnellement ka ; kꜣ.w est le pluriel, d’où kas ou puissances-ka. Le TLA glose le nom par spirit et essence en anglais, et par force vitale en allemand et en français. Le hiéroglyphe familier est une paire de bras levés. Nous passons déjà d’une catégorie anglaise à l’autre : vie, puissance, esprit, constitution d’un être. TLA 162870
« Âme » en rend une partie. Mais ce mot importe aussi l’image d’une personne invisible et unique, enfermée dans le corps visible. Cette image peut rendre le nom trop facile à comprendre. Les textes égyptiens distinguent le ka du ba, et leur langage ne décrit pas nécessairement des fragments d’une personne que l’on pourrait détacher proprement. Lorsque nous rencontrons plusieurs kas, nous ne devons pas automatiquement imaginer plusieurs petits fantômes.
Pour l’argument développé ici, puissances vitales est l’expression de travail utile. Elle conserve le sens d’animation et de capacité sans prétendre qu’un seul nom anglais épuise le concept égyptien. « Binder of Souls » fait alors apparaître une question plus précise : comment les puissances qui font de quelqu’un une personne deviennent-elles les siennes ?
Ce que les textes égyptiens font réellement des kas #
La meilleure manière de traverser cette incertitude consiste à abandonner le nom isolé et à observer le vocabulaire à l’œuvre. Les exemples vont du statut d’un fonctionnaire humain à la transformation des morts, en passant par les invocations rituelles de serpents et un texte de guérison qui fait écho au nom de Nehebkau.
Un homme dont les kas sont attelés #
Le trésorier Iti fournit l’exemple humain. Sa stèle, Cairo CG 20001, le désigne comme nḥb kꜣw=f : une expression contenant le verbe et ses kas, au pluriel. Dans la traduction de Miriam Lichtheim, cela devient « un homme de rang ». Sa note donne « celui dont les kas sont attelés ». L’inscription célèbre un fonctionnaire capable, notamment pour avoir ravitaillé sa ville durant une famine. Lichtheim, Ancient Egyptian Literature, stela of Iti, line 3 and note 1[^iti]
Les deux formulations anglaises proviennent de la même traductrice. L’une transmet le sens social ; l’autre conserve une image sous-jacente difficile. C’est précisément pourquoi l’étymologie mérite davantage qu’un slogan de dictionnaire. Un individu humain possède des kas, et leur état d’attelage peut exprimer son efficacité et son rang.
L’expression ne précise pas que ces kas ont été attelés à lui : le possessif signifie « ses », et non « à lui ». Elle ne dit pas davantage qu’un serpent a accompli l’action. Elle apporte ce qui, dans le vocabulaire du nom divin, constitue un équivalent humain. La lecture SnakeCult relie cette image humaine au rôle rituel du serpent ; l’inscription fournit une partie de l’argument.
Les pouvoirs peuvent être donnés et retirés #
Dans les Textes des pyramides, nḥb apparaît à côté d’un verbe de retrait. Harold Hays rassemble ce motif en paire dans PT 258 §311a et PT 259 §315b : conférer les kas et les reprendre. PT 318 §512d parle également de conférer des kas, sans le retrait associé. La mise en paire favorise ici l’idée d’attribution ou de dotation. Quoi que soient les kas par ailleurs, ce langage rituel les traite comme des puissances sur lesquelles une autorité peut s’exercer. Hays, motif “Bestow Kas,” p. 499
Le lien avec le serpent n’est pas entièrement extérieur aux textes. Hays montre également comment le Texte des cercueils 374 adapte PT 318 et introduit l’identification à Nehebkau. Dans la traduction de Hays, le locuteur s’adresse aux dieux : « as I bestow your Kas, for I am Nehebkau », rendu par « Bestower of Kas ». Nous avons ici une lecture active, à côté du « celui qui est pourvu de puissances-ka » du TLA. Les bénéficiaires explicites de ce passage sont des dieux ; le défunt humain revendique la puissance du serpent en s’identifiant à lui. D’autres formules des Textes des cercueils sont explicitement présentées comme des transformations en Nehebkau. Le défunt peut adopter l’identité et la puissance du dieu. La relation est accomplie dans la parole rituelle, plutôt que laissée à l’état de notion abstraite dans un panthéon. Hays, discussion of PT 318 and CT 374, pp. 284–86
C’est ici que la lecture SnakeCult commence à prendre corps. L’état d’une personne est modifiable. Des puissances peuvent être acquises ; une identité nouvelle peut être prononcée et habitée. Le serpent appartient à ce processus. La transformation funéraire n’est pas le même événement que la première émergence du soi humain, mais elle fournit une forme rituelle dans laquelle on peut imaginer et accomplir le devenir d’un autre type d’être.
Sept serpents et la dotation en kas #
Dans la tombe de Pabasa à Thèbes, TT 279, un rituel de la première heure du jour s’adresse à sept uraei, les cobras dressés familiers de l’imagerie royale et divine égyptienne. Les mots pertinents sont nḥb kꜣ.w[=k]. La terminaison possessive, « tes », est rétablie ; kas est présent dans la translittération. La traduction du TLA comprend les serpents comme conférant de la dignité à ces kas. Pabasa, first daytime hour, lines 7–8
« Dignité » explique l’expression dans son contexte. Il ne s’agit pas d’un autre nom égyptien écrit à côté de ka dans cette proposition. Le TLA traite la combinaison comme une expression spécialisée du rang ou du respect, apparentée au verbe d’équipement. Les serpents qui équipent [tes] kas est une formulation étymologique que j’emploie pour rendre cette relation visible, plutôt qu’une correction plus littérale de l’éditeur. TLA, collocation 86280
L’association est ici frappante, même sans choisir le verbe anglais le plus fort. Les serpents agissent sur les puissances d’un être. L’image ancienne possède déjà un destinataire et une transformation. Il n’est pas nécessaire de transformer chaque cobra en rouleau de corde pour reconnaître le schéma.
« Ton ka… comme Nehebkau » #
Une statue guérisseuse de Djedher, Cairo JE 46341, met le jeu de mots en évidence :
nḥb(.w) kꜣ=k mj Nḥb-kꜣ
Les dieux sont décrits comme ayant doté « ton ka », suivi de « comme Nehebkau ». Le TLA rend l’action par « conférer la dignité au ka ». Le nom et l’action se répondent phonétiquement : nḥb … kꜣ … Nḥb-kꜣ. Ici, ka est au singulier. Dans les propositions précédentes, la puissance du ba est nommée séparément. Djedher statue, lines 150–151
La formule environnante s’adresse à un serpent dangereux ; son « tu » ne peut pas être simplement rebaptisé « un nourrisson humain recevant une âme ». Elle établit ce qui suit : le lien religieux, selon lequel le fait de doter le ka d’un être s’exprime au moyen du nom même de Nehebkau. Il s’agit d’une association ancienne entre identité serpentine et dotation, non d’un jeu de mots moderne.
Pris ensemble, ces passages font progresser l’argument au-delà d’une épithète pittoresque. Le vocabulaire peut décrire le don de puissances, l’accroissement des kas de quelqu’un et une transformation dans laquelle le destinataire s’identifie à Nehebkau. « Il lie une âme à un individu » est une synthèse de ce schéma. Sa signification psychologique finale vient de la théorie SnakeCult, et non d’une préposition égyptienne absente.
Unifier une personne #
Que signifierait, pour un serpent, le fait de vous donner un soi ?
La question devient plus facile si nous séparons le fait d’être vivant du fait de posséder une conception élaborée de soi. La transition proposée ne va pas d’un organisme insensible à un organisme sensible. Elle mène vers une personne capable de représenter ses propres pensées, de se reconnaître à travers le temps, de comprendre que les autres ont une image d’elle et d’assumer la responsabilité d’une vie vécue comme la sienne. C’est le sens de la conscience qui est en jeu dans l’Eve Theory of Consciousness.
Un soi rassemble des éléments disparates sous un possessif : ma peur, mon intention, ma mémoire, ma mort. Les parties n’ont pas besoin d’être nouvelles pour que leur relation change. La liaison est une image puissante, car elle rend cette organisation visible. Les puissances dispersées appartiennent à quelqu’un ; ce quelqu’un est en partie constitué par leur appartenance commune.
Telle est ma lecture de Neheb-Ka. Le serpent attelle l’âme à l’individu — ou, plus prudemment, fait de l’individu le porteur effectif de ses puissances vitales. « Attribuer » n’a pas besoin de détruire cette lecture. Cela peut la préciser. Une capacité est assignée, une personne est dotée, quelque chose devient sien alors qu’il ne l’était pas auparavant de la même manière.
Le serpent lie les puissances d’une personne en un soi. L’initiation répète cette création ; le mythe de création s’en souvient à l’échelle de l’humanité.
Cela explique également pourquoi un dieu de la transformation funéraire peut conserver le même schéma qu’un dieu des commencements. Dès qu’il existe un soi susceptible d’être perdu, la mort devient le problème de conserver ou de retrouver ce soi. Un rituel qui rend une personne entière après la mort peut reprendre l’image de la puissance qui a rendu les personnes possibles à l’origine. Telle est la continuité proposée : création, initiation et résurrection comme différentes applications d’une même fabrication.
Le rhombe fait parler le serpent #
Le pont entre un récit de création et une personne individuelle est l’initiation. Un mythe dit que l’humanité a jadis été créée. Un rite recrée quelqu’un.
Un rhombe est une lame attachée à une corde que l’on fait tournoyer pour produire un son grave et pulsé. Dans les traditions d’initiation serpentine rassemblées dans le Bullroarer Atlas, ce son peut être la voix du serpent. L’instrument donne une présence corporelle à un être invisible. Une personne qui s’approche d’un rite n’entend pas seulement une histoire sur le serpent. Elle entend le serpent lui-même, tel que la cérémonie le présente.
Le récit yolŋu wägilak donne à la transformation une forme particulièrement claire. Wititj, le Serpent arc-en-ciel, avale les sœurs puis les régurgite. Le récit du National Museum of Australia sur la tradition picturale relie explicitement cette déglutition et ce retour à l’initiation : les garçons entrent dans la cérémonie et en sortent hommes. Il s’agit d’un exemple ancré localement, et non de l’affirmation que toutes les traditions australiennes du Serpent arc-en-ciel racontent la même histoire. National Museum of Australia, “The Wägilak Story”
Le dossier de l’Atlas consacré à la déglutition rassemble les données rituelles et ethnographiques associées. C’est la structure qui importe ici : une identité ordinaire est interrompue, l’initié passe dans un être plus vaste que lui, puis une personne transformée revient. La cérémonie confère un statut, un savoir et une relation aux autres qui lui étaient auparavant refusés. Notre essai sur l’initié avalé par le serpent suit ce schéma plus en détail.
L’interprétation SnakeCult prend le rite au sérieux comme modèle de fabrication des personnes. Un initié est déjà éveillé, intelligent et socialement impliqué. Ce qui change, c’est la forme de la personne que la communauté reconnaît et qu’elle lui apprend à habiter. Je propose que de tels rites préservent, par leur répétition, le souvenir d’une transformation beaucoup plus ancienne dans la manière dont les humains se sont compris eux-mêmes.
Neheb-Ka donne à cette transformation un vocabulaire égyptien. Le rhombe lui donne une voix. Les noms et les cérémonies diffèrent ; le serpent demeure au seuil du passage vers un nouveau type d’être.
Éden, Quetzalcoatl, Nüwa et Fuxi #
Les mythes de création étendent ce passage de l’initié individuel aux premiers humains. Chacun conserve une partie différente de l’histoire ancestrale proposée.
Éden : des humains qui se découvrent eux-mêmes #
La Genèse est particulièrement directe lorsqu’elle décrit un changement dans le savoir. L’homme et la femme existent avant le fruit. Ils parlent et agissent. Après que la femme en a mangé et en a donné à l’homme, leurs yeux s’ouvrent et ils prennent conscience de leur nudité. Plus tard, Dieu reconnaît que l’humain a acquis la connaissance du bien et du mal. Genesis 3:5–7, 22
La lecture SnakeCult suit de près cette séquence : le serpent intervient dans la transformation d’humains déjà existants. La nudité devient quelque chose qu’ils peuvent connaître d’eux-mêmes, et qui compte dans le regard d’autrui. Leurs corps ne viennent pas simplement d’entrer dans l’existence. C’est une nouvelle relation à ces corps qui apparaît.
Dans cette lecture, Ève et le serpent appartiennent à la même histoire que le lieur des âmes. Éden met en scène l’apparition d’un soi réflexif et moralement chargé ; Neheb-Ka nomme la dotation et l’organisation des puissances d’un être. Les récits s’éclairent mutuellement sans exiger que le texte hébreu contienne un ka égyptien.
Quetzalcoatl : une humanité assemblée à partir des morts #
Dans la Leyenda de los Soles nahua, Quetzalcoatl descend dans le royaume des morts pour y récupérer des os. À Tamoanchan, Quilaztli, également appelée Cihuacoatl, les broie ; le sang divin contribue à la création des humains actuels. Le serpent à plumes participe à un acte de création collectif, auquel une divinité féminine est indispensable. Leyenda de los Soles, creation of humanity
Son sujet explicite est la fabrication de personnes vivantes. Ma lecture comparative demande pourquoi le serpent médiatise une fois encore cette fabrication, et pourquoi l’humanité doit être constituée à partir de matériaux et de puissances mis en relation nouvelle. Ici, l’image est celle des os et du sang. En Égypte, c’est celle de la dotation des kas. Dans les deux cas, la personne est une réalisation plutôt qu’une donnée.
L’histoire des os appartient à une tradition nahua. Elle doit conserver cette identité ; fondre tout serpent mésoaméricain dans un unique mythe de création composite effacerait précisément les détails qui rendent la comparaison intéressante.
Nüwa et Fuxi : les créateurs au corps de serpent du monde humain #
Les données chinoises répartissent autrement le travail. Le Taiping yulan, dans sa section consacrée à Nüwa, conserve un récit dans lequel elle façonne les humains à partir d’argile jaune. Il conserve aussi une description distincte d’une Nüwa à tête humaine et au corps de serpent. Fuxi reçoit la même description corporelle dans sa section, parallèlement à la fondation de pratiques qui organisent la vie humaine. Taiping yulan, chapter 78
La fabrication de l’argile est l’action de Nüwa ; elle ne constitue pas automatiquement un épisode commun avec Fuxi. Leur iconographie appariée et entrelacée est une autre strate de la tradition. Cette distinction permet de mieux voir le schéma général : des ancêtres serpents se tiennent derrière la production des humains comme derrière l’ordonnancement d’un monde humain. La comparaison Nüwa et Fuxi du site sépare ces histoires textuelles et visuelles.
Dans la lecture SnakeCult, le premier couple humain et le serpent sont devenus une seule image. Les êtres qui créent l’humanité portent le serpent dans leur propre corps. Créer signifie acquérir les capacités, les relations et l’ordre grâce auxquels la vie humaine devient reconnaissablement nôtre.
Une vieille histoire portant un nom égyptien #
Dire que ces récits sont « les mêmes » revient à proposer une transformation ancestrale commune sous-jacente à des histoires religieuses différentes. Cela ne signifie pas que les prêtres égyptiens racontaient la Leyenda de los Soles, ni que les Yolŋu employaient ka pour désigner l’initié. Ces traditions ont leurs propres langues, dépositaires, buts et histoires. L’affirmation est que leur agencement récurrent conserve le souvenir d’une époque antérieure à ces formes particulières.
Cet agencement est plus précis que l’idée selon laquelle « les gens trouvaient les serpents impressionnants ». Le serpent occupe un seuil auquel les humains acquièrent quelque chose de constitutif : la vie, le savoir, une identité initiée ou les puissances nécessaires pour continuer à être une personne. La condition humaine est fabriquée, et le serpent participe à cette fabrication. Dans l’argument sur le rhombe et la conscience, le rituel est le moyen par lequel ce changement fondateur peut être répété de génération en génération.
Le dossier égyptien donne à cette hypothèse un point de contact d’une précision inhabituelle. Nous pouvons dépasser la forme de l’animal et examiner les verbes. Équiper. Attribuer. Atteler. Nous pouvons observer le même son associer le nom d’un dieu à la dotation d’un ka, ou placer sept serpents au-dessus de l’ennoblissement des kas. Ces traductions ne sont pas interchangeables, mais elles montrent ensemble pourquoi Neheb-Ka est une figure si productive pour penser la fabrication d’une personne.
La racine commune proposée remonte à la formation préhistorique de l’humanité. Les textes égyptiens conservés ne datent pas cette racine, et la ressemblance ne peut à elle seule établir une filiation. L’affirmation historique repose sur le schéma comparatif du serpent, de la transformation et de la personne — non sur le traitement d’une épithète anglaise comme d’une inscription paléolithique décodée.
Revenons au serpent peint. Ani emporta cette image dans la tombe, comme élément d’un livre destiné à franchir les limites de la vie ordinaire. Dans la lecture SnakeCult, sa puissance à ce dernier seuil rappelle sa puissance au premier. Le serpent pouvait maintenir une personne ensemble parce qu’il avait contribué à faire advenir cette personne.
Neheb-Ka, Binder of Souls : le serpent à la naissance du soi.
[^iti] : Lichtheim, volume I, pp. 88–89 dans le volume original ; pp. 125–26 dans l’édition combinée de 2019. La phrase et la note ont été vérifiées dans le texte consultable de l’édition combinée. Sa source est Lange et Schäfer, Grab- und Denksteine des Mittleren Reichs, I, pp. 1–2, IV, plate I. La lecture psychologique est l’interprétation proposée par cet essai.
Sources #
- Thesaurus Linguae Aegyptiae. Nḥb.w-kꜣ.w, divine-name entry 86270 ; nḥb, equipping and allotting, entry 86130 ; nḥb, harnessing, entry 86140 ; kꜣ, entry 162870. Consulté le 24 septembre 2026. Les gloses allemandes sont traduites en anglais dans l’essai.
- Hays, Harold M. The Organization of the Pyramid Texts: Typology and Disposition. Brill, 2012. Discussion of PT 318 and Coffin Text adaptations, pp. 284–86 ; motif index, “Bestow Kas”. Complete text mirror.
- Graefe, Erhart, with contributions by Peter Dils. Pabasa, TT 279, first daytime hour, lines 7–8. Thesaurus Linguae Aegyptiae. Les crochets dans l’essai conservent le possessif rétabli.
- Thesaurus Linguae Aegyptiae. Healing statue of Djedher, Cairo JE 46341, lines 150–151. Le destinataire serpent du rituel est important pour l’interprétation.
- British Museum. Book of the Dead of Ani, sheet 27, EA10470,27. Vignette peinte ancienne accompagnant la Formule 87 ; la provenance et la licence de l’image figurent dans la légende de la figure.
- National Museum of Australia. “Central Arnhem Land,” especially Dawidi and “The Wägilak Story.” Old Masters: Australia’s Great Bark Artists.
- Genesis, chapter 3, especially verses 5–7 and 22. King James Version.
- Leyenda de los Soles. Translated by Primo Feliciano Velázquez, in Códice Chimalpopoca, third edition, Universidad Nacional Autónoma de México, 1992, pp. 120–21 ; digital edition 2019. Quetzalcoatl, the bones from Mictlan, and creation at Tamoanchan.
- Li Fang et al., compilers. Taiping yulan, chapter 78, sections on Fuxi and Nüwa. Tenth-century compilation preserving earlier textual fragments; it is not itself a prehistoric witness.
- Cutler, Andrew. “The Snake Cult of Consciousness.” Vectors of Mind, 2023 ; “Eve Theory of Consciousness v3.0.” Authorial sources for the interpretive framework.
- Lichtheim, Miriam. Ancient Egyptian Literature. University of California Press, combined edition, 2019. “Stela of the Treasurer Iti of Imyotru,” Cairo CG 20001, line 3 and note 1.
- Bullroarer Atlas. “The Serpent’s Voice” and “Swallowed by a Monster.” Comparative dossiers and their cited ethnographic sources.